Apanage-roseLundi dernier, la maison Pommery recevait quelques cavistes, restaurateurs et sommeliers de Reims et sa région et a eu la gentillesse de m’inviter. Une dégustation informelle autour d’un déjeuner et en compagnie du Chef de cave de la maison, Thierry Gasco. Nous avons entamé les réjouissances avec le Brut Apanage Rosé, une des nouveautés de l’année chez Pommery. Un champagne d’assemblage à la robe d’un rose très léger, aux arômes délicats et subtils de fruits rouges. Un champagne avec beaucoup de fraîcheur et de finesse. Ce n’est pas la cuvée qui m’a le plus emballé, car je trouve qu’elle n’affirme pas suffisamment qu’elle est un champagne rosé et finalement se rapproche beaucoup d’un champagne blanc. Un jugement qui ne concerne donc absolument la qualité intrinsèque du vin, très bien réalisé, et parfaitement à maturité, dans la droite lignée du travail effectué par Thierry Gasco sur le Brut Apanage.

Grand Cru 2000 et Wintertime pour commencer

La suite de la dégustation n’allait réserver que des (très) bonnes surprises. A commencer par le Grand Cru Millésimé 2000. Un champagne élaboré à partir de 7 Grands Crus du vignoble Pommery. Servie sur l’entrée, une crème de lentille aux lardons et petits calamars, cette cuvée m’a totalement séduite. Un champagne mâture, puissant, où l’apport du Chardonnay (fraîcheur, finesse et arômes briochés) se conjugue à merveille avec le fruité et la rondeur du Pinot Noir. Une très belle réussite.

C’est ensuite, le Wintertime, un Blanc de Noirs (100% Pinot) qui a escorté la daurade royale à la crème de parmesan. Une cuvée que je connaissais déjà et qui me plaît toujours autant. Il faut dire que j’ai un faible pour les Blancs de Noirs, des champagnes généralement vineux, puissants et qui ont toute leur place à table.

Puis la cuvée Louise fit son entrée

louise1990La maison Pommery et Thierry Gasco nous avaient réservé une très belle surprise ensuite. Nous avons eu le bonheur de déguster une flûte de la cuvée Louise, millésime 1990, en magnum. C’est l’un des tous premiers millésimes de la cuvée Louise sur lequel Thierry Gasco a travaillé. Avant de pouvoir y tremper les lèvres, le Chef de cave nous a brossé un portrait de la Dame, comme il l’a fait pour chacune des cuvées. Des explications, courtes, précises et éclairant toujours brillamment la dégustation. J’ai découvert un champagne à la robe d’un or très soutenu, étincelant, brillant et dense. Une couleur captivante, qu’on ne se lasse de regarder, et une effervescence discrète qui joue avec le verre. En approchant la flûte pour saisir les arômes, j’ai été surprise par la fraîcheur encore bien présente pour un vin accusant déjà près de 20 ans. Aucune note de venaison ne venait gâcher le moment. Puis vint la bouche, et la confirmation du bonheur entrevu au nez. A la fois puissante et fraîche, beurrée et presque mielleuse, la cuvée Louise 1990 se termine sur une finale extrêmement persistante et présente, un souvenir délicieux qui emplit le palais !

Remontée dans le temps

louise-1989Mais la dégustation n’allait pas s’arrêter là. Profitant de la présence de Philippe Jamesse, le Chef Sommelier des Crayères, une très belle table 2 étoiles située à Reims qui fut longtemps classée 3 étoiles avec le chef Gérard Boyer aux fourneaux, Thierry Gasco fit servir une cuvée Louise 1989 en jéroboam. Le menu du réveillon aux Crayères étant en effet placé sous le signe du Jéroboam cette année, et le millésime 1989 de la cuvée Louise étant au programme, c’était l’occasion pour Philippe Jamesse de la déguster. La nuit du 31 risque d’ailleurs d’être mémorable puisque est prévu au menu à peu près ce qui se fait de mieux en Champagne : Amour de Deutz 1999, La Grande Année 1999 Bollinger, Cristal 1999 Roederer, La Grande Dame 1990 Veuve Clicquot, Jacquesson 2000, Dom Pérignon 1999, Cuvée des Enchanteleurs 1988 Henriot, et donc la cuvée Louise 1989 Pommery. Même couleur or très soutenue que sa petite sÅ“ur, mais un nez légèrement plus mature. La Louise 1989 était elle aussi superbe, mais je crois que j’ai préféré le millésime 1990, ayant peut-être plus de fraîcheur en bouche.

Porto et chocolat

PommeryAprès autant de sensations, la maison Pommery s’est éloignée quelques instants du monde du champagne et a fait servir un porto pour accompagner le croquant au chocolat et sa crème anglaise. Le groupe Vranken-Pommery possède en effet le Porto Rozès, maison qui vient de lancer un nouveau flacon : le Terras do Grifo Vintage 2006. Un porto élaboré à partir de terroirs très secs situés au cÅ“ur du Douro Supérieur. Je ne bois pour ainsi dire jamais de porto, associant un peu ce vin à un vin de grand-mère, et c’est avec une vraie curiosité que j’ai dégusté ce vin. Au nez, le Terras do Grifo Vintage 2006 est encore marqué par l’alcool, certainement à cause de sa jeunesse, mais en bouche cette sensation disparait totalement pour laisser place à un vin très structuré, volumineux avec des tanins robustes. Un vin très aromatique, laissant une longue empreinte sur le palais. Bien loin du porto de grand-mère dont j’avais l’image. Une cuvée déjà très agréable, mais qui gagnera certainement encore à vieillir patiemment à l’ombre d’une cave.

louiseEst-ce besoin de le préciser, ce fut un magnifique moment, mais après autant de sensations, difficile de retourner à la préparation des commandes, qui affluent ce moment.